SOMA, du nom d’une drogue fictive chez Aldous Huxley (mais aussi un prénom japonais, un plante, sa divinité et un nom commun grec : le corps 1) représente ici le pouvoir d’attraction de la fiction – son pouvoir d’immersion, son envergure et son ivresse, incarnés par les personnages. SOMA ANDERS est l’union entre les personnages et celui qui les dessine.

(1) Selon Pavel Florensky, « le grec sôma est de même racine que saos, soos (sain, entier) et sôizô (je sauve, je guéris). »

SIMON

Simon est le fils de Pablo et Rebecca. Il naît dans le roman Tout est vrai, où le lecteur l’accompagne de ses premiers mots jusqu’à ses vingt ans. Le roman s’intéresse particulièrement à la relation qu’il entretient avec son père, la fierté qu’ils ont l’un pour l’autre et le vide, entre eux, provoqué par l’absence de figure maternelle ; Rebecca a disparu peu avant la naissance de Simon.

Dans le film Sans qu’aucun matin, on le retrouve, jeune adulte, emménageant dans son premier appartement, juste le sien – et c’est la première fois. C’est son père qui l’a aidé à s’installer. Le jeune homme a terminé ses études, d’abord la philosophie puis le développement web et mobile ; parce que son grand projet, désormais, prend la forme d’une application : Sans qu’aucun matin jamais ne soit la garantie du soir à venir. Dans sa nouvelle vie, au gré des jours, Simon rencontre Rivière et Mircea qui l’aident, sans le savoir, à mettre son projet en pratique.

Pourtant, Simon ne va pas au bout de son projet. Son père l’a convaincu que son application était une mauvaise piste et qu’il devait plutôt, pour se réconcilier avec l’absence de sa mère, aller en Italie sur l’île qui le rappelle à elle. Qu’il devait cesser de craindre de perdre. Qu’il devait affronter la disparition et le vide, qui dont partie de la vie. Sur l’île, Simon écrit les Lettres à Rebecca et dessine, plein d’espoir, les grandes lignes de son nouveau projet : Ni aucun soir la fin annoncée.

(simo@soma-anders.com)

MALACHIE

Malachie est le fils d’Amos et aussi étrange que cela puisse paraître, on ne connaît rien de sa mère, pas même son nom. Il a une sœur, c’est Deborah. Un frère aussi, c’est Boaz. Dans le roman qui porte le nom de son frère, on découvre comment Malachie, dès son plus jeune âge, montre un vif intérêt pour toutes les formes de transcendance, mais ce sont les cultes anciens, pré-monothéistes, qui retiennent le plus son attention, ce qui explique sans doute son assiduité à lire Mircea Eliade. Et l’amour démesuré qu’il voue à son frère. Parce que Boaz est la légende.

(mala@soma-anders.com)

ROMAIN

Né en 1975 à Paris, Romain Kronenberg débute son parcours à la Faculté de théologie protestante de Genève. La découverte de la mystique médiévale l’éloigne progressivement de l’orthodoxie de son cursus initial et c’est à la faculté de philosophie, dans la classe d’André de Muralt, qu’il s’initie à la pensée de Maître Eckhart. La lecture de l’ouvrage Voici Maître Eckhart lui permet de découvrir John Cage, auquel il s’intéresse vivement. L’année suivante, il choisit d’étudier la composition musicale et la musique électro-acoustique au Conservatoire supérieur de Genève.

En 2001, Romain intègre l’IRCAM où il est compositeur. L’institut, sous la direction de Bernard Stiegler, lui permet de collaborer avec des artistes tels de Melik Ohanian, Pierre Huyghe et Ugo Rondinone. C’est auprès d’eux qu’il se familiarise avec le champ des arts plastiques. En 2005, il présente aux soirées Nomade de la Fondation Cartier la performance Dérive où le son de quatre guitares électriques et un dispositif lumineux dans le jardin convergent du dissonant vers l’unisson et du jour à la nuit. En 2006, Romain quitte l’IRCAM pour se consacrer aux arts plastiques.

En 2007, il intègre le Pavillon du Palais de Tokyo où Ange Leccia l’accompagne dans son développement. C’est là qu’il signe ses premières vidéos, au style contemplatif, qu’il expose au Palais de Tokyo et au Transpalette de Bourges. C’est là aussi qu’il imagine la performance musicale Ad Genua où la musique de Buxtehude est étirée, à la guitare électrique, jusqu’à devenir expérience. En 2009, Christine Macel et Emma Lavigne l’invitent à présenter Ad Astra lors d’une séance Prospectif Cinéma. La même année, Romain est artiste en résidence à la Villa Kujoyama où le désir de l’artiste pour le narratif se fait sentir. Il y imagine par exemple Blue blue electric blue (commande du CNAP, exposition Diagonale), un film sans image aux accents désertiques.

En 2011 souhaitant mettre ses images en mouvement, du mouvement dans ses images, Romain se lance dans un tournage en Turquie, déterminant pour la suite de son parcours: le road movie My empire of dirt le conduit d’Istanbul jusqu’à Mardin. Fasciné par le pays et sa langue, il y imagine entre 2013 et 2017 une série de projets, où le récit prendra toute son amplitude : du film Marcher puis disparaître (collections du CNAP), qui prend sa source sur le lac salé Tuz gölü, au Sud d’Ankara, naissent des formes signées par Benjamin Graindorge et un site web qui documente l’expérience du projet tout entier. So long after sunset and so far from dawn, réalisé entre Mardin et les ruines de Ani et dévoilé en 2015 au Nouveau Festival en même temps qu’à Lafayette Anticipations, est un dispositif mêlant vidéo, photographie et une voix kurdophone récitant un poème. Rien que de la terre et de plus en plus sèche (collections FRAC PACA) met en scène deux personnages en attente d’un futur, d’un ailleurs. Le projet radiophonique Pourquoi je veux partir (commande Radio France / CNAP) marque par sa structure rétrospective la fin de l’ancrage de l’artiste sur le territoire turc.

En 2018 alors qu’il débute sa collaboration avec SOMA ANDERS, Romain imagine le projet Tout est vrai, où une multitude de formes concourent à faire apparaître le récit de trois survivants ayant assisté à la disparition de l’être aimé. Des œuvres signées par les personnages se mêlent aux œuvres signées par l’artiste comme la fiction au réel. Sculpture de béton et photographies sont exposées en même temps qu’un film est projeté en salle, que des lectures du roman éponyme son organisées et qu’une performance se tient sur les lieux du tournage du film. 

En 2019 pour tracer le sillon entamé avec Tout est vrai, Romain imagine, au sein d’un roman, le récit Boaz, du prénom d’un jeune homme que la communauté a désigné légende, consciente que la légende ne peut pas vivre : un sacrifice. Les premières œuvres plastiques, issues du récit et produites par les personnages, sont exposées en 2021 à la galerie Sator (Komunuma). De nouvelles œuvres au caractère posthume — ultérieures à la temporalité du roman que le récit désormais dépasse, sont exposées en 2022 à La Kunsthalle de Mulhouse. S’y mêlent vidéos, photographies, dessins, performance, sculptures, œuvres sonores et textes produits alternativement par les personnages et l’artiste. Boaz est un projet inachevé et des formes nouvelles sont régulièrement imaginées, à mesure que le récit progresse. La troisième phase du projet est d’ailleurs en cours de conception.

En 2021, Romain retrouve le personnage de Simon, né dans le roman Tout est vrai qui a désormais vingt ans, dont il souhaite poursuivre le développement à travers un réseau d’œuvres : les film et roman Sans qu’aucun matin, une application mobile, une série de dessins, plusieurs séries photographiques, des textes et de la musique. Comme Boaz, le réseau d’œuvres gravitant autour de Simon est par principe inachevé.

Parallèlement, il développe Providence, un récit qui prend forme dans un roman mettant en scène Jude, Axel, Alex, Victor, Alice et Jean plongés dans un monde aussi commun que singulier et magique. Le récit, dans le roman, se déploie par la suite dans des formes plastiques qui, contrairement aux dispositifs imaginés depuis 2018, sont rassemblées au sein d’un coffret et n’existent qu’ensemble. Le coffret garantit le secret du récit protégé.

Aujourd’hui, Romain travaille essentiellement, au sein de Soma Anders, au développement de Boaz, Simon et Providence, à travers lesquels il explore les relations entre récits et formes plastiques.

(romain@soma-anders.com)

SOMA, named after a fictional drug by Aldous Huxley (but also a japanese surname, a plant, its deity and a greek word 2) here represents the power of attraction of the fiction, its power of immersion, its range and its exhilaration, all embodied by the characters. SOMA ANDERS is the union between the characters and their designer.

(2) According to Pavel Florensky, « the Greek sôma has the same root as the words saos, soos, (healthy, whole) and sôizô (I heal, cure, save). »

SIMON

Simon is the son of Pablo and Rebecca. He is born in the novel Tout est vrai [All is true], where the reader follows him from his early stages to his twenty years. The novel particularly focuses on his relationship with his father, the pride they have for the other and the void, between them, provoked by the absence of a mother ; Rebecca disappeared soon after Simon’s birth.

In the film Sans qu’aucun matin [May no morning ever], Simon reappears as a young adult, moving on his first appartment, his own for the first time. His father is helping him to settle. The young man just finished his studies, firstly philosophy and then computing science ; for his great project, from now on, takes shape of an application : May no morning ever guarantee to night to come. In his new life, open to chance, Simon meets Rivière and Mircea who help him, despite themselves, to put his project into practice.

In the video installation Rebecca, Simon follows the track of an old and precious memory, the island of his ten-years-old summer, where his parents loved each other long before that, in search of his mother.

(simo@soma-anders.com)

MALACHIE

Malachie is Amos’s son and strange as it sounds, nothing is known about his mother, not even her name. He has a sister, it’s Deborah. A brother too, called Boaz. In the novel which bears his brother’s name, we discover how Malachie, from his earliest childhood, shows a keen interest in all forms of transcendence. But it is the ancient, pre-monotheistic cults that hold his attention the most, which undoubtedly explains his diligence in reading Mircea Eliade. And the disproportionate love he has for his brother. Because Boaz is the legend.

(mala@soma-anders.com)

ROMAIN

Born in 1975 in Paris, Romain Kronenberg starts his experience at the University of Protestant theology of Geneva. His discovery of Medieval Mysticism progressively diverts him from the orthodoxy of his initial course. He attends André de Muralt’s classes where he takes up Meister Eckhart’s concepts. The reading of Voici Maître Eckhart allows him to discover John Cage, whose texts and music make an impression on him. The next year, he chooses to study musical composition at the Conservatoire supérieur de Genève.

In 2001, Romain joins IRCAM, as a composer. The institute, under Bernard Stiegler’s direction, allows him to collaborate with artists such as Melik Ohanian, Pierre Huyghe and Ugo Rondinone, with whom he familiarizes himself with visual arts. In 2005, he shows the performance Dérive at the Soirées Nomades of the Fondation Cartier, where the sound of four electric guitars and a light installation in the garden converge from dissonant to unisson, from day to night. In 2006, Romain leaves IRCAM to focus on visual arts.

In 2007, he joins the Pavillon du Palais de Tokyo art residency program where Ange Leccia accompanies his development. There, he creates his first videos, of contemplative style, that he shows at Palais de Tokyo and Transpalette de Bourges. He also imagines the musical performance Ad Genua where Buxtehude’s music is stretched, on the electric guitar, until becoming experience. In 2009, Christine Macel and Emma Lavigne invite him to screen his film Ad Astra at the Prospectif Cinema of the Centre Pompidou. The same year, Romain is artist in residency at Villa Kujoyama where his desire for narratives emerges. He imagines, for example, Blue blue electric blue (commissioned by the CNAP, Diagonale exhibition), a film with no image.

In 2011, to keep his work into motion – to put motion in his work, Romain starts shooting in Turkey, a decisive choice for his next six years : the road movie My empire of dirt drives him from Istanbul to Mardin. Fascinated by the country and its languages, he imagines a series of project where narrative increases more and more : from Marcher puis disparaître taking place on the salt lake Tuz Gölü, at the South of Ankara emerge shapes designed by Benjamin Graindorge and a website documenting the experience of the whole project. So long after sunset and so far from dawn, conceived between Mardin and Ani’s ruins and shown in 2015 at the Nouveau Festival (Centre Pompidou) and Lafayette Anticipations is a display gathering video, photographs and a Kurdish voice reciting a poem. Rien que de la terre et de plus en plus sèche (FRAC PACA) stages two characters in search for a future and an elsewhere. The radio project Pourquoi je veux partir (2017, Radio France / CNAP) is the last of the artist’s works in Turkey.

In 2018 starting a collaboration with SOMA ANDERS (a collective gathering several characters and their designer), Romain imagines the project Tout est vrai [All is true], where a multitude of mediums and works reveal the story of three survivors having witnessed the passing of a beloved friend. Artworks signed by the characters and the artist combine like fiction and real. A sculpture made of concrete and photographs are exhibited while a film is screened in movie theaters, readings of the eponym novel are organised as well as a performance on the site of the shooting of the film.

In 2019 to look deeper into the process of Tout est vrai, Romain imagines the narrative Boaz — at first a novel — named after a young man that the community designated as the legend, aware that the legend cannot live : a sacrifice. The first artworks of the project, created by the characters in the novel, are exhibited in 2021 at Galerie Sator (Komunuma). New artworks, created long after the time of the novel — extending the narrative of the novel itself, are exhibited in 2022 at La Kunsthalle, Mulhouse. In the project, videos, photographs, drawings, performance, sculptures and sound works are gathered. Boaz is an unfinished project, and new shapes are regularly imagined. For that matter, the third stage of the project is now work in progress.

In 2021, Romain gets back to Simon, born in the novel Tout est vrai, now in his early twenties, and whose development he wishes to pursue, through a network of artworks : the film and novel Sans qu’aucun matin [May no morning ever], a mobile application, a series of drawings, several series of photographs, some texts and music. Like Boaz, this network is unfinished by nature. 

At the same time, Romain develops Providence, a narrative taking shape in a novel staging Jude, Axel, Alex, Victor, Alice and Jean who live in an environment that is ordinary and supernatural at the same time. The story, in the novel, unfolds in visual shapes that, unlike the previous projects, are gathered as a whole in a unique object : an edition.

At the moment, Romain mainly works on Boaz, Simon and Providence, where he explores the diversity of the connections between narratives and visual arts.

(romain@soma-anders.com)